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« Food-Sec Semence » : un projet ambitieux de relance d’une filière régionale de semences et de plants sains et adaptés dans le sud-ouest de l’océan Indien.

Dans le cadre du programme régional de sécurité alimentaire et nutritionnelle, co-financé par l’Union européenne et mise en œuvre en partenariat avec la Commission de l’océan Indien (COI), le projet très opérationnel Food-Sec Semence cible la relance d’une filière régionale de semences et de plants sains dans le sud-ouest de l’océan Indien.

Ce projet est conduit par cinq organismes de recherche pour le développement, partenaires de la PRéRAD-OI, qui s’appuient sur des partenaires locaux du développement agricole ainsi que des associations de paysans qui serviront de relais pour la diffusion à grande échelle du matériel végétal amélioré.

A l’occasion du lancement prochain de Food-Sec Semence, la PRéRAD-OI revient sur les différents objectifs de ce projet d’importance pour la région du sud-ouest de l’océan Indien…

Dans le cadre du programme régional d’appui à la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la région océan Indien (FOOD-SEC), financé par l’Union européenne au titre du 11ème Fond Européen de Développement (FED) et mise en oeuvre en partenariat avec la Commission de l’océan Indien (COI), le Cirad à La Réunion et à Madagascar, le Centre National de Recherche Appliquée au Développement Rural (FOFIFA) à Madagascar, le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) à Maurice, et anciennement la National Biosecurity Agency (NBA) aux Seychelles (maintenant division du ministère de l’agriculture) et l’université des Comores unissent leurs forces afin d’œuvrer ensemble à la relance d’une filière régionale de semences et de plants sains à des fins alimentaires et nutritionnelles sur les quatre territoires/pays ciblés par le programme que sont les Hautes Terres à Madagascar (régions Vakinankaratra, Analamanga et Itasy), les Comores, les Seychelles et Maurice.

Les porteurs du projet s’appuieront, au cas par cas, sur les divers acteurs locaux qui opèrent dans le domaine du développement agricole, qui sont pour certains déjà très investies dans la multiplication et la sélection végétale, et qui assureront ainsi un relais indispensable sur le terrain, notamment à Madagascar et aux Comores.

 

Améliorer l’accès des paysans à des semences et des plants sains, si possible certifiés, de variétés de manioc, de pomme de terre, de maïs et de légumineuses, adaptées aux conditions agroécologiques locales et dont la qualité nutritionnelle est améliorée est bien le principal objectif visé. Au-delà, le projet cherche à renforcer les capacités des acteurs à maîtriser et à optimiser les différentes étapes des schémas de multiplication et de production des semences et des plants conformes génétiquement et indemnes de maladies. De plus, la diffusion du matériel végétal amélioré et des pratiques culturales adéquates se feront grâce à des essais chez des paysans relais, vitrines et point de départ à une diffusion à plus large échelle dans les terroirs ciblés. La promotion et la mise en œuvre effective d’une réglementation et d’un système de certification des semences relevant des autorités dans les différents pays seront également recherchées.

Un contexte très hétérogène…

Avec d’un côté, deux pays très pauvres, Madagascar et les Comores, dont les populations sont très majoritairement agricoles, aux conditions de vie fragiles et vulnérables au changement climatique et plus à l’est, Maurice et Seychelles plus développés qui ont une population agricole plus réduite voire très réduite, une grande dépendance aux importations agricoles alimentaires mais un souci permanent de développer durablement ce secteur afin de réduire cette dépendance, le contexte régional est loin d’être uniforme et les attentes et les besoins locaux sensiblement différents.

Aujourd’hui plusieurs constats peuvent être faits dans la région :

Les filières semencières formelles, lorsqu’elles existent, sont peu structurées et opérationnelles ne permettant pas un approvisionnement de qualité suffisante à l’échelle du pays. Les semences sont souvent produites par les paysans eux-mêmes (système semencier informel) ou sont importées sans contrôle rigoureux de la qualité et des performances agronomiques des variétés ainsi sélectionnées. Madagascar et les Comores produisent ainsi très largement des semences en dehors de toute filière semencière structurée et organisée et en dehors de toutes règles de contrôle sanitaire et de pureté génétique, et cela pour toutes les espèces ciblées par le projet. La production de semences-souches, de pré-base et base, étape incontournable à la production d’un matériel de départ sain et conforme est souvent déficiente car insuffisamment organisée et manquant de moyens et de compétences pour permettre la production d’un matériel végétal commercial de qualité répondant aux attentes des paysans.

Le matériel végétal utilisé et diffusé est insuffisamment diversifié ou adapté, et présente très souvent un état sanitaire médiocre. Les catalogues variétaux pour certaines espèces ne sont pas suffisamment étoffés pour répondre à toutes les situations, et en particulier aux nouvelles situations de stress climatique ou sanitaire., particulièrement à Madagascar. Les programmes nationaux de création variétale sont peu développés ou à l’arrêt, et la sélection de variétés améliorées passe prioritairement par des introductions, notamment en provenance des centres internationaux. En l’absence de contrôle et de sélection variétale organisée et performante, l’’état sanitaire médiocre des semences se traduit par une incidence forte et une dissémination des maladies (notamment viroses et bactérioses) et des ravageurs contre lesquels les moyens de lutte sont souvent déficients ou insuffisants.

Les services officiels sont peu opérationnels, les cadres législatifs lorsqu’ils existent partiellement appliquésCréer un environnement favorable au développement d’une filière semencière avec la promulgation des règles et la mise en place de structures capables d’assurer leurs mises en application, est fondamental. A Madagascar, ce corpus de règles, basé sur le modèle du Service Officiel de Certification (SOC) existe. Cependant leur application ne semble que partielle, par manque de moyens et de personnels expérimentés. Maurice semble disposer d’un arsenal législatif. Un point est nécessaire en ce qui concerne les Comores et les Seychelles, ces pays semblant encore dépourvus de tout système de contrôle et de certification.

Vers une connaissance approfondie des situations agro-économiques locales et des attentes des paysans…

Avant toute chose, un état des lieux est nécessaire. Une analyse des filières ciblées, notamment celles jusqu’à présent peu étudiées (par exemple celle des légumineuses), et une typologie des paysannats seront ainsi réalisées dans chacun des quatre pays ciblés. Les cibles variétales d’intensification seront précisées avec les paysans sur les cultures qui s’y prêtent (le maïs) en fonction des conditions agroécologiques recherchées et des contraintes sanitaires ou climatiques auxquelles ils sont déjà ou seront bientôt confrontés.

Dès lors, ces études, déjà réalisées sur certaines cultures à Madagascar, seront actualisées et réalisées dans les autres pays ciblés.

Cette étape préalable a plusieurs objectifs :

  • Réaliser un diagnostic pour avoir une meilleure compréhension des contraintes et des attentes des paysans, mais aussi des opérateurs économiques en aval de la filière;
  • Identifier les points de blocage majeurs actuels sur lesquels il est possible d’agir pour produire et diffuser des semences saines de variétés améliorées ;
  • Préciser les actions à entreprendre pour produire le matériel végétal le mieux adapté et améliorer le système de multiplication. Les propositions faites viendront notamment nourrir les plans d’actions aux échelles nationale et régionale qui pérenniseront les activités dans chaque pays au-delà du projet.

Cette première étape sera participative, privilégiant l’échange et le dialogue entre les différentes parties.

Vers la création de catalogues de variétés élites dans chacun des pays ciblés…

Les variétés élites seront choisies en priorité parmi les ressources génétiques disponibles et d’intérêt pour chaque pays (exemple de la pomme de terre et du haricot à Maurice). Il s’agit de valoriser les ressources génétiques locales et régionales, en s’intéressant notamment aux variétés paysannes. Bien qu’elles aient souvent une productivité limitée, elles répondent cependant aux préférences alimentaires du petit paysannat. Elles sont, par ailleurs, plus rustiques et ainsi mieux adaptées aux aléas climatiques. De plus elles viennent enrichir la biodiversité cultivée, un atout face aux aléas agro-climatiques dans les zones à risques. D’autre part, tout le travail expérimental qui a pu être fait dans le passé et en cours sera valorisé. Cette capitalisation intégrera les travaux de sélection et d’obtention faits par les centres nationaux de recherche des pays concernés et ceux des centres internationaux de recherche (Cirad, CIP, CIMMYT, IITA, CIAT) afin de cibler les matériels végétaux les plus adaptés aux traits recherchés.

Une veille sur les obtentions récentes des organismes internationaux, pouvant apporter des solutions plus adaptées en matière de qualité nutritionnelle et de résistances aux maladies et aux ravageurs est envisagée. Cibler ainsi quelques nouvelles introductions, en nombre limité, afin de répondre aux traits recherchés en matière de rendement, de résistances aux bioagresseurs et de qualité nutritionnelle est une possibilité envisagée. La décision de poursuivre, relancer ou réorienter certains programmes nationaux de sélection se posera également.

La synergie entre projets dans la zone permettra des bénéfices réciproques.  Ainsi, le projet de coopération scientifique régionale, Germination (soutenu par l’Europe et la Région Réunion), porté par le réseau éponyme, apportera sa pierre à l’édifice quant au choix de matériel-élite, notamment sur les variétés locales de manioc qui seront assainies et multipliées à Madagascar et aux Comores, mais aussi sur d’autres espèces à racines et à tubercules et dans un futur proche sur des légumineuses, afin de cibler de nouveaux cultivars. Des échanges de ressources génétiques entre pays seront encouragés.

Là où cela sera possible, une démarche de certification sera engagée. Cela nécessite un service officiel de certification (SOC) opérationnel, afin de mener au champ des évaluation multi-locales du dit-matériel en engageant des épreuves de type « Distinction, Homogénéité, Stabilité » (DHS) et « Valeur Agronomique et Technologique » (VAT).

Vers la production de matériel végétal de départ amélioré…

Les activités mises en œuvre viseront à produiretester et diffuser dans la région du matériel de départ conforme génétiquement et sain (graines, boutures et autres organes de propagation végétative exempts de maladies virales et bactériennes). Les objectifs quantitatifs de production dépendront du facteur multiplicatif de l’espèce, mais également de la méthode et de l’intensité de sélection qui seront appliquées aux différentes étapes.

Ainsi un soutien aux partenaires de la recherche sera apporté en commençant par un soutien à la production de matériel-souche assaini, cette étape conditionnant toute la chaîne de production jusqu’à la semence commerciale. La production du matériel de pré-base et base visera ensuite à augmenter les quantités à disposition des multiplicateurs sur un certain nombre de cycles. Enfin, la production par les professionnels de la semence du matériel certifié (matériel conforme, à pouvoir germinatif égal ou supérieur à la norme, irréprochable sur le plan sanitaire), qu’il soit commercial ou non, sera également appuyée par le projet. Des techniques raisonnées et respectueuses de l’environnement de traitement des semences seront éventuellement préconisées, afin de limiter les pertes à la levée puis lors du cycle végétatif. Le transfert par le Cirad et la mise en œuvre par les partenaires de méthodes de diagnostic moléculaire des maladies sur des lots de semences et de matériel frais constitueront une composante majeure du projet. Par ailleurs, des descriptifs variétaux précis seront utilisés de façon à mettre en œuvre les vérifications indispensables à tous les stades de production de la semence.

 

Ces activités seront conduites et techniquement encadrées par les organismes partenaires régionaux de la PRéRAD-OI, que sont le FOFIFA à Madagascar, le FAREI à Maurice, l’Université des Comores, et la NBA aux Seychelles. Le Cirad participera au renforcement des capacités de ces organismes, mais aussi d’autres acteurs clés, plus en aval dans les filières.

Dès lors, les partenaires du projet se sont entendus au préalable sur quelques matériels à multiplier et à diffuser que sont le manioc indemne de viroses à Madagascar et aux Comores, des variétés de pomme de terre indemnes de flétrissement bactérien, à Madagascar, à Maurice et aux Comores, des variétés améliorées de maïs à Madagascar, aux Comores et aux Seychelles, des variétés de légumineuses à haut potentiel dans les quatre pays ciblés.

Prenons l’exemple concret du manioc : La contrainte phytosanitaire majeure est la dissémination des maladies virales par les boutures infectées. Le travail de multiplication de matériel de départ sain se portera sur des clones locaux, prisés par les consommateurs locaux.

Pour cela, des vitroplants de manioc indemnes de viroses assainis au Pôle de Protection des Plantes (3P au Cirad à La Réunion) seront fournis aux partenaires pour sevrage et acclimatation sous serre « insect-proof ». Le matériel de départ ainsi obtenu (plants-mères) sera ensuite pré-multiplié toujours sous serre « insect-proof ». Ce matériel végétal de pré-base et base sera ensuite transféré en parcelles de multiplication de plein champ pour une diffusion aux agriculteurs.

 

La maitrise sanitaire de ce matériel au champ fera appel à des techniques simples de thermothérapie des boutures qui seront diffusées chez les paysans multiplicateurs. Cette étape se fera en collaboration étroite avec certaines ONG locales et d’autre projets de développement en place. Le suivi sanitaire (absence de viroses) se fera dans un premier temps visuellement et reposera avant tout sur le renouvellement du matériel à partir de souches saines. Dans un deuxième temps, le transfert aux partenaires d’un kit clés en main de diagnostic moléculaire LAMP (mis au point dans le cadre du projet de coopération régionale scientifique EPIBIO-OI) sera testé dans les pays au cours de la 2ème moitié du projet. Ce travail concernera en priorité Madagascar et les Comores, cette culture restant pour l’instant très secondaire dans les autres pays. Un transfert de technologie et des formations vers les laboratoires nationaux de ces pays leur permettront ainsi de mieux maîtriser la multiplication de boutures saines.

 

Vers une évaluation en plein champ chez les paysans…

Le matériel végétal amélioré sera testé chez des paysans dits relais et représentatifs des systèmes de culture de chaque grande région ou île couverte par le projet et selon un dispositif adapté permettant une analyse fiable des résultats.

Ces essais seront simples et réalisables. Les systèmes de culture testés intégreront le matériel assaini et/ou sélectionné.  Différents protocoles intégrant des pratiques dites agroécologiques seront construits de façon participative avec les paysans et les acteurs de projets directement impliqués dans les zones ciblées.

Ces protocoles intégreront le savoir-faire des paysans. Un accent particulier sera mis sur le biocontrôle des maladies et des ravageurs mettant en œuvre des moyens de luttes à la portée des petits paysans, disponibles sur place (semences de plantes de service et couvertures végétales, biopesticides naturels et autres macérats, engrais verts). La vulgarisation de certains de ces systèmes de cultures intégrés sera envisagée, associée à la rédaction de guides de bonnes pratiques agroécologiques en fonction des situations rencontrées.

Le projet s’appuiera sur les ONG et les organisations paysannes locales afin de démultiplier le nombre de paysans touchés et sensibilisés par ces essais.

Vers des plans d’actions aux échelles nationale et régionale…

A l’issue du projet, l’enjeu est bien de pérenniser l’accès des paysans à des semences de bonne qualité en renforçant la complémentarité entre les systèmes semenciers formels et informels qui co-existent.

Ainsi, une synthèse critique de toutes les actions conduites précédemment dans le projet sera faite en concertation étroite avec les instituts et les autorités nationales. Des recommandations seront alors partagées et des plans d’actions pérennes et structurantes proposés.

Les recommandations faites porteront sur différentes dimensions que sont le renforcement des activités de recherche en vue de la sélection et de l’homologation de variétés adaptées à promouvoir et la production des semences de base saines, conformes et contrôlées ; la mise en œuvre lorsque celui-ci n’existe pas d’un cadre législatif assorti d’un renforcement des capacités institutionnelles ; l’appui technique et la formation des paysans et de groupes/coopératives de paysans multiplicateurs pour améliorer la qualité des semences et plants autoproduits ; le renforcement des interactions entre des réseaux de producteurs et des producteurs ou coopératives semencières ; la création de financements permettant aux paysans d’acquérir plus facilement des semences améliorées et en proposer les modalités d’accès.

Ce projet est co-financé par l’Union européenne et mise en œuvre en partenariat avec la Commission de l’océan Indien (COI).

FOFIFA CENRADERU

Centre National de Recherche Agricole

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