|
Ce n’est pas une lubie des chercheurs pour les tilapia mâles mais c’est le fruit des travaux de la recherche forestière et piscicole du FOFIFA. Les chercheurs ont constaté que chez cette l’espèce Oreochromis niloticis (anciennement Tilapia nilotica), le dimorphisme de croissance est en faveur du mâle. En langage courant, cela veut dire que le tilapia mâle grossit plus vite que la femelle. Les chercheurs estiment qu’il devrait être le modèle biologique d’élevage pour une meilleure productivité. Sinon, l’élevage risque de voir la prolifération d’une population atteinte du nanisme, c'est-à-dire qu’elle donnera exclusivement des poissons de petite taille. Dans ce cas, les chercheurs conseille-ils désormais de conduire un élevage de rapport avec un cheptel constitué de « monosexes mâles ».
D’ailleurs, les recherches menées avec la collaboration d’autres projets et associations (PSDR*, ARDA**, FSP FORMA***, APAM****) ont donné des résultats probants sur les conditions techniques de réussite de la production d’alevins mâles. Cet engagement du FOFIFA dans des programmes de coopération technique et scientifique, a abouti à l’identification de 99% de mâles dans une production d’alevins. Avec une bonne conduite d’élevage, le rendement est très intéressant. Les alevins mâles mis en étang à la taille du petit doigt, appelés fingerlings, assurent à partir de 5 mois, un rendement en poissons marchands de 5tonnes/ha/an avec des poissons de 300 à 350 grammes .
L’appui du FOFIFA sur le terrain
Les chercheurs en aquaculture ne sont plus seulement ces scientifiques qui manipulent des éprouvettes et autres matériels sophistiqués et qui s’enferment dans leur tour d’ivoire que sont les laboratoires de recherches. Ils sont aussi proches des producteurs. C’est ainsi que le FOFIFA assure un appui technique aux opérateurs de la filière piscicole. Leurs travaux sont suivis de la diffusion des résultats auprès des producteurs et des opérateurs potentiels. Concrètement, cette diffusion s’est fait sous forme de « formation » et de « monitoring ». Ces séances ont été marquées par un succès notable dans le Moyen-Ouest et notamment à Sakay et Tsiroanomandidy.
Mais d’ores et déjà, des pionniers pisciculteurs en étang grossissent à Antananarivo des alevins monosexes mâle d’Oreochromis niloticus, communément appelé « barahoa », . Ces pionniers ne se contentent pas de mener des essais en amateurs, ils ont la trempe des professionnels. Ces tilapias mâles sont issus d’une structure modèle de la Station régionale de recherche de Kianjasoa (FOFIA). Ils ont un rendement important avec un surplus de 2 tonnes à l’hectare en poissons marchands, rendement comparés à la production en élevage traditionnel qui est invariablement conduit avec un peuplement mixte de mâles et de femelles.
Le FOFIFA pour le développement piscicole
A part les appuis techniques sur terrain, le FOFIFA se penche sur le développement durable de l’élevage de tilapias monosexes. A cet effet, il faut que les pisciculteurs disposent des ressources nécessaires dont les géniteurs. FOFIFA constitue et conserve des stocks de géniteurs d’alevins de Tilapia monosexes. Ses chercheurs ont élaboré le référentiel technique de production de ce matériel pour ceux qui veulent s’engager dans cette filière.
Tous ces travaux n’ont pas été possibles sans la réhabilitation du dispositif de recherches à la station du FOFIFA à Kianjasoa et la création même d’un centre de formation.
L’engagement du FOFIFA dans le développement piscicole répond à la problématique de la pisciculture continentale à Madagascar. Jusqu’ici, l’élevage des carpes (ou carpiculture) est le plus connu et le plus prisé. Certes, la carpe a une croissance rapide et s’adapte à l’élevage en rizière, mais elle ne se reproduit pas en temps opportun.
Sur les hautes terres, la période favorable se situe entre septembre et avril, alors que la disponibilité en alevins de carpe est saisonnière (novembre à janvier). Cet inconvénient majeur ne permet pas aux pisciculteurs de profiter pleinement de la saison favorable, sans parler de leurs difficultés financières. Il faut rappeler que la saison adéquate pour la production d’alevins coïncide avec la période de soudure. Ces constats ont incité le programme recherche-développement pisciculture du FOFIFA à prospecter d’autres voies et à proposer un modèle biologiquement plus souple. Cela se traduit par l’utilisation d’une espèce qui se reproduit toute l’année et qui est capable de s’adapter aux conditions locales d’élevage.
Les atouts du tilapia
D’après les recherches du FOFIFA, le tilapia a le profil requis répondant aux exigences d’un élevage à haut rendement. Parmi les 6 espèces de tilapia introduites entre 1950 et 1956, Oreochromis niloticus, introduite de l’Ile Maurice et Egypte (1956) et merveilleusement acclimatée dans beaucoup de région de l’Ile, a particulièrement retenu l’attention des chercheurs.
Cette espèce est connue sous les noms locaux de « barahoa » et « menasaoka ». Ses caractéristiques biologiques et ses performances en milieu d’élevage le présentent comme une solution idoine pour une meilleure productivité. Et pour cause, sa période de reproduction est étalée dans l’année contrairement à celle de la carpe. Son régime alimentaire « omnivore – phytoplanctonophage » lui permet de s’adapter à différents systèmes d’élevage qui vont de l’extensif à l’intensif.
Avec son rendement élevé, l’élevage de tilapias monosexes répond également à un enjeu national, à savoir la sécurisation alimentaire. Madagascar dispose de 200.000 hectares de plans d’eau valorisables pour la pisciculture. Seulement 10 pour cent de cet espace potentiellement productif est exploité. L’optimisation de la technique de production d’alevins monosexes, résultat d’une coopération technique et scientifique, contribuera significativement à l’amélioration de la situation alimentaire de la population malgache dont l’apport en protéines animales a toujours déficitaire.
Les partenaires du FOFIFA :
1. Projet de Soutien au Développement Rural (PSDR)
2. Association Réunionnaise pour le Développement de l’Aquaculture (ARDA)
3. Projet Forum de la Recherche à Madagascar (FSP FORMA/SCAC)
4. Association Professionnelle des Aquaculteurs continentaux de Madagascar (APAM)
|