 |
Riziculture
Xavier Rakotonjanahary
Jeanine Ravatomanga
Simone Ravaonoro
FOFIFA – Département de Recherches Rizicoles
|
« D’ici peu, Madagascar pourrait réexporter du riz comme avant » ! Ces propos avancés aussi bien par les décideurs que les producteurs sont-ils fondés ?
Certes Madagascar exporte environ 5000 tonnes de riz par an, mais on est encore loin des ventes d’antan. Toutefois, ces dernières années la production de riz a augmenté régulièrement grâce aux efforts entrepris pour développer cette production dans une optique d’autosuffisance alimentaire mais également de développement de ses exportations. La diffusion de nouvelles techniques culturales, l’utilisation de variétés améliorées et la distribution d’engrais ont permis une amélioration des rendements. De plus la hausse des cours en 2004 – 2005 a entraîné une augmentation des surfaces cultivées.
Cependant, pour espérer reconquérir les marchés d’exportation il faut non seulement produire du riz, mais aussi produire du riz de qualité répondant aux normes des pays importateurs. Le respect des cahiers des charges est également impératif lorsque l’on s’attaque à des niches commerciales comme le riz équitable ou le riz biologique.
 |
Parmi les nombreuses variétés cultivées à Madagascar, la variété Rojomena (un riz rouge de bonne qualité gustative, à la fois sucré et gras) pourrait pénétrer le marché du riz biologique où les prix sont 30 à 40% plus élevés que un riz conventionnel, il s’agit d’une opportunité à la fois en terme de relance des exportations et d’amélioration des revenus des producteurs.
La variété Rojomena : un riz « naturellement biologique » à Madagascar qui répond à une demande en hausse sur les marchés des pays développés. |
L ‘agriculture biologique impose des normes restrictives élevées en matière d’utilisation d’engrais et autres intrants chimiques. Or, la variété Rojomena, un riz à grain rouge, est produite de manière biologique à Madagascar. Elle n’a pas besoin d’un apport important en fumure azotée ou organique car cela la rend sensible aux maladies telles que la pyriculariose (ou maty fotsy : épillets vidés ) et la bactériose en cas de précipitations fréquentes.
Cependant si l’on souhaite produire un riz Rojomena biologique après des cultures de contre-saison, les terres ne doivent pas avoir été fertilisées chimiquement.
Encart
La variété ROJOMENA
Teneur en matières sèches (riz cargo)
- Matières grasses 2,90
- Matières protéiques 9,32
- Matières minérales 1,66
- Amidon 70,43
- Cellulose brute 1,25
La demande en produits biologiques est en hausse constante sur les marchés Européen et d’Amérique de Nord. Ainsi, selon la FAO, sur les 10 dernières années, la hausse est estimée en moyenne entre 10 et 20% par an suivant les sources et la catégorie de produits. C’est une performance inégalée dans l’industrie alimentaire. Certes, il n’existe pas encore aujourd’hui de marché international du riz biologique à proprement parler, contrairement aux autres produits plus en vogue comme les fruits et légumes ou les épices, mais les perspectives de développement sont très intéressantes. D’ailleurs, le riz biologique n’est plus l’apanage de quelques boutiques spécialisées en Europe, il garnit maintenant les rayons de nombreuses grandes surfaces.
Aux Etats-Unis et au Canada, le riz est même transformé en jus et entre en concurrence avec les breuvages à base de soja et d’autres céréales. Pour les Américains et les Canadiens, il contribue à améliorer le bien-être et la santé.
Une demande mondiale également croissante pour les produits ethniques et équitables
Outre la demande croissante pour les produits biologiques, les consommateurs en particulier dans les pays recherchent de plus en plus des produits « ethniques ». C’est une façon de mieux valoriser la qualité d’un produit et son origine. Ainsi, la variété de riz rouge Rojomena pourrait être promue en mettant en exergue son terroir d’origine « Riz Rojomena des Hautes Terres de Madagascar ».
Autre marché porteur en forte croissance : celui du commerce équitable. En novembre 2005, 50 grands restaurants belges à Bruxelles et en Wallonie ont proposé un plat à base de riz équitable. Le riz équitable est payé à un prix rémunérateur aux producteurs des pays en développement afin d’améliorer leurs revenus.. Comme le riz biologique, il bénéficie donc d’un prix supérieur au prix du riz conventionnel. Souvent le riz équitable est d’ailleurs aussi biologique.
En Belgique c’est Max Havelaar, le premier label international pour le commerce équitable qui fait la promotion de riz. Ce label a d’ailleurs déjà des contacts avec Madagascar mais essentiellement pour la vente de produits artisanaux.
Ayant profité de l’Année Internationale du Riz en 2004, Max Havelaar a fait la promotion de plusieurs variétés dont le riz long grain, le riz thaï, le riz blanc biologique, li riz rouge, le riz complet biologique. D’après Max Havelaar, le Rojomena pourrait très bien être labellisé car il répond à une demande des consommateurs de riz équitable.
Le Rojomena : un riz malgache de qualité à promouvoir
De tout ce qui précède il ressort que le Rojomena pourrait contribuer au développement des exportations malgaches de riz.. Cette variété produite en général de manière biologique, très apprécié par les ruraux peut satisfaire non seulement les marchés locaux mais aussi les marchés d’exportation. Il pourrait notamment répondre aux demandes croissantes de riz biologique, ethnique ou équitable sur les marchés européens et américains. Cependant, pour conquérir ces marchés, la qualité doit être irréprochable et le respect des normes et des cahiers de charges est indispensable, de la production jusqu’à la commercialisation, y compris l’emballage. |  |
La communication et le marketing sont également très important pour promouvoir ce produit, en s’appuyant notamment sur l’origine du produit et sur sa qualité : « Riz Rojomena des Hautes Terres malgaches ». En somme, parmi les variétés de riz exportables sorties par le FOFIFA, parions qui le Rojomena vient à point nommé pour relancer l’exportation de riz de qualité à Madagascar.
|