Le FOFIFA à la hauteur des défis
Non moins sujet à bien de critiques, le FOFIFA affiche pourtant une bonne santé en tant que centre de recherches et ce, malgré le peu de moyens mis à sa disposition. Il continue de créer des variétés améliorées dans diverses spéculations agricoles allant des cultures d’exportation comme la vanille aux cultures vivrières comme le riz et le haricot, etc. Il faut pourtant savoir qu’à Madagascar, les dépenses publiques consacrées à la Recherche et Développement agricole (R&D) ont considérablement diminué au cours de ces trente dernières années, si l’on tient compte de l’inflation. A l’instar des autres centres et instituts de recherches, le FOFIFA souffre également de cette situation selon l’ASTI (Agricultural science and technology indicators), un réseau d’organismes de R&D agricoles nationaux, régionaux, internationaux, publics et privés financé par la Banque Mondiale, Union européenne, l’USAID, et l’Australie.
Ces coupes sombres dans le budget de R&D ont particulièrement affecté le FOFIFA. Il a subi les plus importantes compressions budgétaires et la situation est loin de s’améliorer. Certes, il y a eu une augmentation soudaine de son budget en 1997 suite au décaissement tardif des fonds encore disponibles dans le cadre du Projet National de Recherche Agricole (PNRA) financé par la Banque mondiale. Une telle situation exceptionnelle est loin de se renouveler. Le FOFIFA dispose en moyenne de 1,8 milliards d’Ariary par an (9 milliards de Fmg) dont plus des deux tiers sont engloutis par la masse salariale. Il réussit quand même à sortir des résultats qui souvent demandent nécessairement des années pour être livrés aux créneaux de l’export ou auprès des paysans.
Cette performance relève d’un grand tour de force quand on sait que dans des pays africains comme l’Ethiopie, l’Ouganda et le Kenya, les R&D agricoles font partie des secteurs prioritaires. Au Kenya par exemple, le KARI ou le Centre National de Recherche Agricole Kenyan, est doté d’un budget annuel de 11 millions de dollars ou l’équivalent de 19,8 milliards d’Ariary (99 milliards de Fmg). Nous sommes loin des 1,8 milliards d’Ariary du FOFIFA. Mais celui-ci ne s’avoue pas vaincu, d’autant qu’il partage le même sort que ses confrères sur le territoire malgache. Il multiplie les partenariats avec des organismes locaux et internationaux, avec les universités ou encore avec des réseaux de R&D sur le continent africain ou dans le monde. Cette approche permet de continuer les recherches.
Mais la plupart du temps, les résultats de recherche du FOFIFA, à l’exemple des nouvelles variétés améliorées sont totalement masquées par leurs utilisateurs qui en tirent pourtant des grands bénéfices. Certains essaient même de tirer la couverture sur eux-mêmes en oubliant complètement de citer le FOFIFA. Le Centre de recherche est pourtant à la source même de leur succès grâce à ces variétés performantes, plus adaptées aux conditions locales et régionales, répondant aux besoins des marchés. Quoique les chercheurs aient changé et se frottent volontiers aux réalités du terrain, ils continuent peut-être à se tenir dans la discrétion. Les utilisateurs en profitent consciemment ou non pour exploiter les fruits de leurs travaux, sans leur adresser le mérite qu’il leur revient de droit.
La recherche est encore loin de figurer dans les priorités de l’Etat, alors qu’elles font partie intégrante des facteurs indispensables au développement agricole. Dans ce cas, il faut continuer la bataille et peut-être que l’année 2005 ayant été consacrée au développement rural, aidera les décideurs à accorder un peu plus d’importance aux R&D.
Fanjanarivo Simonette